Historique de la Crypte

Paroisse orthodoxe française de la Sainte Trinité

 

Introduction

 

         La cathédrale St Alexandre de la Neva, située dans le 8ème arrondissement de Paris non loin de l’Étoile, fut consacrée le 11 septembre 1861 par Monseigneur Léonce, coadjuteur du métropolite de St Pétersbourg en présence d’une assemblée nombreuse. A l’époque elle était une église nationale, « L’église russe de Paris », dépendant du diocèse de St Pétersbourg. Elle devait le rester jusqu’à ce qu’en 1923, Mgr Euloge, chargé par le patriarche Tikhon, patriarche de Moscou et de toutes les Russies, de s’occuper des émigrés russes orthodoxes en Europe occidentale, devint métropolite et la choisit pour s’y installer.

 

            Cette église avait été édifiée grâce à la volonté et à la ténacité d’un homme – le Père Joseph Vassiliev, aumônier de l’Ambassade Impériale, qui voulait donner un lieu de culte à la population russe orthodoxe de Paris ainsi qu’à tous les autres orthodoxes de la capitale qui n’avaient pas d’église. Il en devint naturellement le premier curé. Comme l’église n’avait qu’un seul autel et non trois comme il avait été initialement prévu, le Père Vassiliev décida de faire de la crypte de l’église le second sanctuaire  et le consacra à la Sainte Trinité le 13 février 1863. Presque 100 ans plus tard, en 1964 « la Crypte » avec la nomination du Père Pierre Struve devenait le lieu de culte officiel d’une communauté orthodoxe française. C’est toute l’histoire de cette communauté et du destin particulier de la Crypte lié à la francophonie qui est retracé ci-après.

 

            C’est une histoire complexe liée à des personnalités exceptionnelles venues de milieux divers. C’est aussi l’œuvre d’une jeune génération, celle des enfants de ces émigrés russes jetés en terre étrangère par la Révolution. Ces derniers, à leur arrivée en France, n’avaient évidemment cure de célébrations en Français, ce qui n’aurait eu aucun sens. L’église représentait pour eux non seulement le lieu où ils pouvaient se rassembler et vivre leur foi souvent revivifiée par les épreuves mais aussi le moyen d’affirmer pour eux-mêmes leur identité tant religieuse que culturelle et nationale. L’idée d’une orthodoxie française fit son chemin plus tard dans certains milieux intellectuels qui cherchaient à donner un sens à leur exode et à leur présence en France et dans de petits groupes où se côtoyaient des prêtres et des laïcs, des Russes et des Français convertis à l’Orthodoxie. C’est dans cette conjoncture que se concrétisa le projet d’une orthodoxie française qui devait aboutir entre autre à la fondation d’une communauté orthodoxe française à la Crypte.

 

 

I. Création d’une communauté orthodoxe française dans la Crypte dédiée à la Sainte Trinité de la cathédrale St Alexandre de la Neva

 

1/ Les antécédents

 

On date le début de la communauté française de la Crypte de l’année 1964 lorsque l’archevêque, Mgr Georges (Tarassov) ordonna le Père Pierre Struve pour être le premier curé de ce lieu et que, à partir de ce moment, la célébration des offices devint régulière. Néanmoins, cette communauté a une préhistoire.

 

Il est difficile de savoir quand eut lieu pour la première fois à la Crypte une liturgie célébrée entièrement en français, mais il est certain qu’après la Deuxième guerre mondiale, dès le milieu des années cinquante, il y avait de temps en temps à la Crypte des offices en français.

 

            Celui qui a joué un rôle clé dans cette mutation fut le théologien Paul Evdokimov. Il dirigeait un foyer d’étudiants de la Cimade (Comité inter-mouvements d’aide aux personnes déplacées), situé à Sèvres, qui hébergeait des réfugiés venus de l’Est. Au foyer il y avait aussi un certain quota d’étudiants français parmi lesquels les propres enfants de Paul Evdokimov, Michel et Nina. Paul Evdokimov était très partisan d’une orthodoxie française. Cela lui paraissait une nécessité pour tous les orthodoxes d’origine occidentale et tous ceux d’origine russe qui, de plus en plus nombreux, avaient perdu l’usage de leur langue. Mais sa motivation pour une orthodoxie française allait bien au-delà de ces considérations linguistiques. Paul Evdokimov était un homme très ouvert, proche des milieux protestants et marqué par le débat œcuménique dans ses débuts. Il ne pouvait donc concevoir une orthodoxie française isolée en position de rivalité, soupçonnée de prosélytisme. Dans sa jeunesse il avait participé à la première et brève expérience d’une paroisse orthodoxe française à Paris dont le curé était le Père Lev Gillet. Resté très lié avec ce dernier, il partageait ses idées et c’est au nom de l’universalité de l’orthodoxie qu’il envisageait une orthodoxie française qui puisse rejoindre en profondeur les autres Eglises dans ce qu’elles ont d’essentiel et qui puisse s’intégrer dans la culture française.

           

La Cimade parisienne organisait pour les étudiants des conférences tous les 15 jours, au foyer de Sèvres. Paul Evdokimov invita différentes personnalités pour ces entretiens, dont le père Lev Gillet qui résidait alors à Londres. Pendant quelques années, à partir de 1956, celui-ci vint donc plusieurs fois en France donner des conférences et rencontrer les jeunes. À ces occasions il célébrait la liturgie à la chapelle du foyer et parfois à la Crypte avec l’accord de l’archevêque du diocèse russe, le métropolite Vladimir. Il se constitua ainsi un petit noyau d’étudiants familiers de ces célébrations et capables d’assumer la chorale dont faisaient partie Michel et Nina et le jeune couple Pierre et Hélène Koppel. Michel Evdokimov s’était formé au chant liturgique en Français avec l’aide de madame Sérikoff. Celle-ci, femme du Père Georges Serikoff, était convaincue de l’importance du passage du slavon au français. Très bonne musicienne, elle composa plusieurs mélodies pour l’adaptation des chants dont, par exemple, l’air du « bon Larron » du Grand Vendredi. Quand elle ne dirigeait pas la chorale, Michel pouvait la remplacer.

 

Monseigneur Georges (Tarassov) qui succéda au métropolite Vladimir en 1960  favorisa la tenue d’offices en français à la Crypte en permettant à certains prêtres itinérants de célébrer plus ou moins régulièrement. Ce fut d’abord le cas du Père Grégoire de Louf, d’origine belge, qui vivait à l’Institut Saint-Serge et qui desservait selon les besoins des paroisses de la région parisienne. Lorsqu’il se retira au monastère de la Protection-de-la-Mère-de-Dieu à Bussy en Othe c’est le Père Valentin de Bachst, prêtre en charge des disséminés qui le remplaça à la Crypte.. Le Père Valentin était d’origine luthérienne et de culture russe et française. Encore étudiant, il avait fréquenté la paroisse du Père Lev Gillet et il était ami de Paul Evdokimov.

 Des liens existaient entre la Crypte et la paroisse française Notre Dame Joie des Affligés et Sainte Geneviève, dépendante du patriarcat de Moscou. Cette paroisse qui avait joué un rôle de précurseur dans le passage au français, avait déjà un bon acquis en ce qui concerne les textes français grâce au travail de Madeleine Lossky et de Maxime Kovalevsky pour les chants. Elle en fit profiter la Crypte à ses débuts.

 

D’autre part, des membres du clergé et des fidèles de la cathédrale St Alexandre Nevsky s’intéressaient également à ce qui se passait à la Crypte. Traditionnellement il y avait un office commun la nuit de Pâques célébré à la Crypte en slavon. Mais de temps en temps le Père Nicolas Obolensky venait célébrer en français quand c’était possible et les sœurs Giers, moniales attachées au service de l’évêché, participaient à la chorale. On voit donc, comment à travers un réseau d’amitié, grâce à une convergence d’idées et à des efforts mis en commun, une orthodoxie française s’est peu à peu formée dans le contexte russe de « Daru ».

 

Au printemps 1963 le P. Valentin trouva la mort dans un accident de voiture lors d’un déplacement pastoral du côté d’Auxerre. Monseigneur Georges  ordonna prêtre le diacre Pierre Koppel pour remplacer le P. Valentin. Le P. Pierre Koppel, soutenu par la petite communauté s’efforça de continuer l’œuvre du P. Valentin. Il poursuivit, entre autre, la rédaction des « Feuillets orthodoxes », sorte de livrets catéchétiques qui avaient été créés par le P. Valentin.

 

2/ 1964 : Père Pierre Struve – recteur de la Crypte

 

Pierre Struve, né en 1924 dans une famille d’émigrés russes, s’était très tôt impliqué dans la vie de l’Eglise, surtout par le biais du mouvement de jeunesse ACER (Action Chrétienne des Etudiants Russes). Il fit ses études de médecine et continua avec sa femme Tatiana Borissovna de s’occuper de l’ACER dont il devint vice-président. Il comptait dans ce mouvement beaucoup d’amis qui partageaient le même souhait d’avoir un lieu où l’on pourrait célébrer le culte en français. Pour des motifs analogues à ceux de Paul Evdokimov, le souci de l’intégration de leurs enfants, le désir de rendre leur témoignage plus compréhensible dans la France qu’ils considéraient comme leur patrie d’adoption, ils aspiraient à une orthodoxie ouverte à la culture française et répondant à leurs besoins spirituels. Pierre Struve en parla à l’archevêque, Monseigneur Georges très favorable à une orthodoxie française. Monseigneur Georges vit certainement en Pierre Struve la personne d’envergure qui convenait pour fonder une paroisse française. Après son ordination il le nomma premier prêtre pour desservir l’autel de la Crypte dédié à la Sainte Trinité. La première célébration eut lieu en 1964, peu avant le Carême.

 

Le Père Pierre était un homme jeune, rayonnant, attentif aux autres et aux signes de son temps. Sa femme, Tatiana Borissovna, Tania pour les familiers, généreuse et douée-t-elle aussi d’une forte personnalité s’impliqua totalement dans le ministère et l’activité de son mari.

 

Cette activité fut multiple et il impressionnant de constater tout ce que le Père Pierre a réalisé en si peu de temps, tout en assumant avec dévouement son métier de médecin et en s’occupant de sa famille nombreuse (il avait quatre enfants). A la télévision il a créé l’émission mensuelle « Orthodoxie ». Il a contribué avec sa femme et d’autres au lancement de Syndesmos – mouvement international de jeunesse orthodoxe. Il a participé à la rédaction de certains titres de la collection « Chrétiens en dialogue » aux éditions du Cerf.

 

Dans le cadre de son sacerdoce il a tissé des liens en Belgique et fondé la première paroisse francophone des Sts Côme et Damien à Bruxelles, consacrée le 1.11.1967, dont le premier recteur fut le P. Marc Nicaise. Enfin il a permis l’essor de la communauté française de la Crypte et il lui a imprimé son caractère spécifique.

 

3/ Communauté française de la Sainte Trinité : la tâche à accomplir

 

En même temps qu’il ordonnait le Père Pierre Struve, l’archevêque Georges désigna Michel Evdokimov comme chef de chœur pour la chorale de la Crypte. Michel Evdokimov qui avait été ordonné lecteur par Monseigneur Vladimir avait déjà une bonne expérience de la direction du chant liturgique. Néanmoins une lourde tâche l’attendait car l’adaptation des mélodies slaves aux textes français était loin d’être parfaite et les textes français nécessitaient eux-mêmes de constantes révisions. A cette époque tout cela représentait un vaste chantier. Si, actuellement, les paroisses francophones disposent d’un matériel beaucoup plus au point, il serait inexact de considérer que tout est réglé. En fait, il y a un travail constant sur les textes et l’interprétation musicale. Depuis plusieurs années une commission au sein de la Fraternité Orthodoxe de France, composée de membres de différentes paroisses travaillent sur les traductions des textes liturgiques à partir du grec. Les modifications introduites sont expérimentées par les chorales avant d’être entérinées. Il y a ainsi des changements très fins qui tendent à améliorer la qualité des textes tant du point de vue littéraire que de celui du sens.

 

Mais dans la période des débuts tout cela avait un caractère d’urgence. C’est surtout pour les offices du Carême et de la Semaine Sainte qu’il fallut faire un gros effort. Michel Evdokimov fut en cela aidé par Barbara Chpiganovitch qui auparavant faisait partie du chœur de la cathédrale et qui se consacra entièrement à cette tâche. Il trouva également un soutien, pour les répétitions, en la personne de Michel Zimine, chef de chœur de la paroisse N.D. Joie des Affligés et Ste Geneviève. Michel Evdokimov disposait heureusement d’excellents choristes dont l’ancien noyau de la Cimade, sa sœur Nina, Hélène Koppel, Nicolas Derevitsky, Eugénie et Wigen Nercessian auxquels s’étaient ajoutés Tatiana et Georges Krjivoblotsky, Hélène Aristoff, sa femme Marie-Claire Evdokimov, Jovan et Danièle Pavlevski, occasionnellement d’autres jeunes, russes pour la plupart, qui venaient apporter tous leurs efforts et leurs talents.

 

À ce travail sur le chant s’ajouta une réflexion sur la façon de célébrer. L’important était de permettre aux fidèles de mieux participer à la liturgie, de les rendre en quelque sorte co-liturges. Pour cela la principale innovation par rapport à la pratique générale fut de dire les prières « secrètes » à haute voix, en particulier le canon eucharistique, cette grande prière centrale qui culmine avec l’épiclèse à la fin de laquelle le peuple put répondre par un triple Amen. Le P. Pierre Struve tenait compte de la mentalité et du mode de vie de l’homme d’aujourd’hui. C’est dans ce souci qu’il célébra l’Office des Présanctifiés le soir. D’autres innovations, telles que le fait d’introduire les petites filles aussi bien que les petits garçons dans le sanctuaire au cours d la cérémonie d’entrée dans l’Eglise qui suit leur baptême purent paraître révolutionnaires. Tout ceci en réalité était inspiré par un retour à la Tradition dont les éléments importants se sont estompés avec le temps.

 

La communauté de la Crypte grandit rapidement en nombre. Au noyau initial s’ajoutèrent des gens de différents horizons attirés par le renom de la Crypte et l’aura du Père Pierre que les émissions de télévision avaient rendu célèbre. Pour intégrer tous ces nouveaux venus le P. Pierre et sa femme instituèrent ce qu’on appelle « le café », c’est à dire la possibilité, après la liturgie, de se réunir dans une salle mise à la disposition de la communauté par l’archevêque pour y prendre une boisson chaude et discuter. Cette coutume dure toujours. De plus, le P. Pierre et la « matouchka » tenaient leur maison ouverte le dimanche pour accueillir tous ceux qui avaient besoin de conseils ou de réconfort.

 

4/ La mort du Père Pierre Struve

 

Au moment où la communauté prenait tout son essor le 3 décembre 1968 survint l’évènement bouleversant de la mort du Père Pierre. Comme le P. Valentin, le P. Pierre Struve mourut dans un accident de voiture sur la route au petit matin à Chelles, alors qu’il se rendait au chevet d’un malade. L’émotion fut immense, dépassant de beaucoup le cadre de la communauté et elle reste dans la mémoire de tous ceux qui l’ont vécue. L’archevêque, Monseigneur Georges, avant même l’enterrement du P. Pierre, s’inquiéta de ne pas laisser orpheline cette communauté si pleine de promesse. Il en parla à Tatiana Borissovna, car il désirait son accord. Son choix se porta sur le Père Boris Bobrinskoy qui demeurait à l’Institut St Serge et qui accepta immédiatement.


 

II. Père Boris Bobrinskoy et la communauté française orthodoxe de la Sainte Trinité : une continuité et une évolution

 

            1/ Arrivée de Père Boris à la Crypte

 

         Le Père Boris enseignait la Dogmatique à l’Institut St Serge où il vivait avec sa femme Hélène et, à l’époque, ses deux enfants lorsqu’il a été nommé à la Crypte. À son arrivée, immédiatement après l’enterrement du Père Pierre, il trouva une communauté ébranlée dont la composition se modifia quelque peu. Mais Père Boris releva le défi et continua l’œuvre commencée par le Père Pierre et on peut dire avec le recul du temps, qu’il l’a accomplie.

 

            D’emblée il apporta à la communauté ses qualités de liturge. Il n’a cessé de garder cette communauté dans un éveil spirituel à travers ses prédications et ses exhortations. Il l’a enseignée à de multiples occasions, principalement au cours de ses catéchèses pour adultes et grâce aussi à diverses publications. Malgré toutes ses autres charges comme théologien, écrivain, enseignant, etc., il a été et reste toujours pour elle un père aimant et attentif.

         Très tôt, Père Boris proposa que l’on célèbre tous les offices au complet ce qui n’était pas le cas avec le Père Pierre du fait de son travail. Par exemple, le samedi soir on ne célébrait que les vêpres et pendant la Semaine Sainte on commençait seulement à partir du Grand Vendredi. Pour la chorale, et surtout pour le chef de chœur Michel Evdokimov, cela se traduisit par un travail gigantesque surtout pour les offices de Carême  et de la Semaine Sainte. Une anecdote donnera une idée des difficultés que l’on rencontrait et du talent et de la ténacité que l’on mettait à les résoudre. Peu avant Pâques la chorale ne disposait d’aucune partition convenable pour le chant d’entrée du Samedi Saint (le Grand Samedi) 

En désespoir de cause, Barbara Chpiganovitch alla trouver la veille M. Eugène Evetz, chef du chœur de la cathédrale. Monsieur Evetz était un très fin musicien mais il ne savait pas le français ! Cependant il demanda à B. Chpiganovitch de lui lire le texte du chant en français recto tono, autant de fois jusqu’à ce qu’il lui fasse signe de s’arrêter. Elle lut donc au moins une vingtaine de fois ce texte :

 

Que fasse silence toute chair humaine et se tienne immobile dans la crainte et le tremblement ; qu’elle éloigne toute pensée terrestre car le Roi des Rois et le Seigneur des Seigneurs s’avance afin d’être immolé et se donner en nourriture aux fidèles. Amen. Il est précédé des chœurs d’archanges avec les Principautés et les Puissances, les Chérubins aux yeux innombrables et les Séraphins aux six ailes se voilant la face et chantant Alléluia, alléluia, alléluia.

 

Lorsqu’il lui fit signe, il avait trouvé la mélodie qui convenait et permettait de mettre une note sur chaque syllabe. C’était une mélodie du 16ème siècle, style « staro-moskovsky ». 

 

C’était une époque où s’inventaient des nouvelles formes de relation entre orthodoxes, inspirées du modèle des « fraternité » pour dépasser les cloisonnements juridictionnels et ethniques. La Crypte participa à ce mouvement et cette période reste pour certains qui l’ont vécue, comme l’âge d’or de la communauté. Ensuite la Crypte, s’est peu à peu transformée. Pour cerner cette évolution on propose quelques chapitres qui retracent les évènements majeurs survenus au cours des trois dernières décennies.


 

2/ Élévation de la communauté au rang de paroisse

 

Le 15 février 1973, par décision Archiépiscopale la Communauté Orthodoxe Française fut érigée au rang de paroisse. Le texte de cette Décision prise par l’archevêque Georges se trouve en première page du Bulletin de la Crypte n°14 (mars 1973). Cette Décision fut accueillie avec joie et reconnaissance par le P. Boris et tous les fidèles. En effet la communauté avait eu le temps de se développer et son statut mal défini commençait à lui peser. Jusqu’alors elle dépendait en tout de l’évêque et de l’association cultuelle de la cathédrale, propriétaire des bâtiments. Son nouveau statut la dota d’une certaine indépendance. Mais pour assumer sa nouvelle responsabilité il lui fallut s’en donner les moyens administratifs et juridiques. Elle se constitua donc en Association Cultuelle française de la Sainte Trinité selon la loi de 1905 qui régit les associations religieuses. Le bureau de l’Association comprend de droit tous les membres du clergé et le chantre et 9 membres élus parmi les fidèles, renouvelables par tiers tous les ans. Après cette Décision la paroisse de la Crypte est restée comme avant redevable à l’Association Cultuelle de la Cathédrale d’être logée gracieusement. Par contre, elle participe comme toutes les autres paroisses au financement de l’administration diocésaine et, bien sur, aux rencontres diocésaines régulières.

 

3/ Fondation du « Bulletin de la Crypte »

 

Déjà du temps du P. Pierre il y avait une feuille d’information pour communiquer les principales nouvelles et le calendrier du mois. Le responsable en était le P. diacre Pierre Nivière. Mais le nombre de fidèles augmentant et surtout pour maintenir le lien entre tous ceux qui, pour des raisons diverses, ne pouvaient être présents tout en restant attachés à la Communauté on décida de créer un bulletin avec une possibilité d’abonnement. Le n°1 parut en septembre 1971 (pour septembre-octobre 1971). Ce numéro 1 a comme titre simplement « Bulletin » et en tête Communauté Orthodoxe Française. C’est un peu plus tard qu’on nomma le bulletin « Bulletin de la Crypte », titre qu’il garde jusqu’à présent. Le bulletin devint tout de suite mensuel sauf pendant les mois d’été.

 

Le bulletin est évidemment l’instrument le plus important pour connaître l’histoire de la Crypte. Même s’il évolue, sa composition reste la même entre l’éditorial (généralement du recteur le Père Boris), les textes hymnographiques, les textes de spiritualité, nombreux et variés, les homélies, les catéchèses, des actualités religieuses ou des commentaires d’événement, les nouvelles de la communauté et le calendrier liturgique du mois. Il sert de miroir à la communauté prise dans son ensemble comme un organisme vivant. Elle apparaît au cours des années soixante dix, comme très dynamique, chaleureuses, ouverte sur l’extérieur, attentive à tout ce qui est nouveau..

 

La lecture du bulletin permet de retrouver la trace de nombreux faits importants comme, par exemple, la création en 1971 des congrès orthodoxes organisés par la Fraternité orthodoxe de France et d’Europe occidentale, la formation de fraternités et de communautés en province, l’annonce de réunions, de mini-congrès, etc. Le bulletin est le lieu où se trouve consigné le contenu très riche des diverses activités de la communauté, en particulier les catéchèses d’adultes avec P. Boris. On y trouve les rapports des réunions du conseil ou de l’assemblée générale et aussi l’écho d’évènements extérieurs qui concernent à un titre ou à un autre la vie de l’Église. On y parle des enfants, de leur catéchèse, de l’arbre de Noël ; on y donne des nouvelles de ceux qui sont loin ; on signale à l’attention de la communauté tous ceux qui sont malades ou en difficulté. 

 

Le bulletin est ouvert à tous et certains fidèles livrent assez fréquemment des articles de réflexion ou d’informations. Dans les années soixante-dix la théologienne Elisabeth Behr Sigel était marguillière et on trouve sous sa plume de nombreux textes se référant à toute l’actualité religieuse de l’époque. Elle continue d’ailleurs à apporter sa contribution au bulletin.

 

Par rapport à ses débuts le bulletin s’est épaissi - terminés les feuillets ronéotypés et agrafés, sa facture s’est modernisée et il est remarquablement illustré grâce à Hélène Bléré. Le directeur de la rédaction est le Père Boris et le responsable actuel – Nils Kuhn de Chizelles. Cependant le bulletin reste ce qu’il a toujours été – le reflet de la vie de la communauté et le lien entre tous ceux qui s’intéressent à la Crypte. À ce titre il participe à son rayonnement.

 

 4/. Le clergé et les fidèles

 

            a) Introduction

 

En presque 40 ans d’existence la paroisse française de la Sainte Trinité s’est évidemment modifiée dans sa composition. Si le recteur demeure toujours le Père Boris Bobrinskoy, plusieurs prêtres et diacres se sont succédés à ses côtés. Dans ce chapitre on propose de citer tous les prêtres et diacres qui ont été nommés pour la Crypte et d’indiquer sommairement leur action. D’autre part, des vocations assez nombreuses à la prêtrise, au diaconat ou à la vie monastique se sont révélées parmi les fidèles. Ce sont autant de trajectoires personnelles mais qui font partie aussi de l’histoire commune de la Crypte et qui  doivent donc être mentionnées. Concernant les fidèles, ce chapitre propose, autant que faire se peut d’en percevoir la physionomie générale à travers leur nombre, leur origine ethnique, leur rôle dans la vie de la paroisse.

 

b) Le Clergé

 

Le Père Pierre Koppel qui était en charge de la communauté préexistante est resté à la Crypte à l’arrivée du P. Pierre Struve. Puis, ayant le désir de créer un lieu orthodoxe à Fenouillet, près de Valleraugue, il est parti en 1967 dans les Cévennes où il s’est fixé avec sa famille.

 

Le Père Alexandre Nélidoff a d’abord servi comme diacre à l’arrivée du P. Pierre Struve. Ensuite, ordonné prêtre en 1967, il a été nommé vice-recteur de la communauté par Monseigneur Georges. Après la mort du Père Pierre il a continué à assumer cette fonction auprès du Père Boris. Le Père Alexandre est mort en novembre 1975. Le numéro 40 (décembre 1975) du Bulletin de la Crypte lui est en grande partie consacré. Il rend un vibrant hommage à cet homme qui, sous son apparence austère, cachait beaucoup de bonté et savait donner conseil et réconfort à tous ceux qui se confiaient à lui.

 

Le Père Pierre Nivière a fait partie, comme jeune laïc des tous premiers membres de la communauté autour des Pères Pierre Struve et Koppel. Il en a été aussi un des premiers trésoriers. Ordonné lecteur en 1966, puis diacre en 1967 par Monseigneur Georges, il a servi à la Crypte jusqu’à son ordination sacerdotale en 1970. Il a également assuré la rédaction du « Bulletin de la communauté française de la Sainte Trinité », un petit journal qui donnait toutes les informations du mois, jusqu’à la création du Bulletin de la Crypte en 1971. A partir de 1970 le Père Pierre Nivière est devenu prêtre itinérant rattaché à la cathédrale et desservant des paroisses en province ou aidant à Paris. En 1978 il a été nommé recteur de la paroisse de Chaville en l’église Notre Dame Souveraine. Malgré son activité pastorale qui l’éloignait de Daru il a toujours gardé des liens étroits avec la Crypte qui se sont particulièrement manifestés au moment de sa maladie. Celle-ci devait l’emporter en 1990 à l’âge de 54 ans.

 

Le Père diacre Georges Krjivoblotsky avait fait partie avec sa femme Tatiana, du petit nombre des fidèles des premières liturgies en Français de la Crypte. Le Père Grégoire de Louf aurait aimé l’avoir comme diacre, mais Georges Krjivoblotsky ne se sentait pas encore prêt et le sort a voulu, qu’une fois ordonné, sa première célébration fut pour l’enterrement du Père Grégoire au monastère de Bussy en Othe. Nommé diacre pour la Crypte, le Père Georges Krjivoblotsky fut élevé au rang de protodiactre en 1977. Il demeure jusqu’à ce jour attaché à la paroisse de la Crypte. Malheureusement, à la suite d’un grave accident de la circulation, il est pour l’instant dans l’impossibilité de célébrer.

 

Le Père Antoine Freund. Au cours d’une assemblée générale qui avait été convoquée peu après l’arrivée du Père Boris Bobrinskoy, il avait été décidé d’organiser une catéchèse pour les enfants dont la responsable fut Françoise Freund. Son mari Antoine Freund d’origine hollandaise, l’a aidé dans cette tâche. Il a été ensuite ordonné diacre en 1971, puis prêtre l’année suivante. Il a quitté la paroisse en 1973 pour s’occuper d’une communauté en Belgique.

 

Le Père Pierre Tchesnakoff. A la mort du P. Alexandre Nélidoff en 1975, l’archevêque Georges  nomma pour le remplacer, le Père Pierre Tchesnakoff, vice-recteur de la paroisse de la Crypte. Le Père Pierre était connu de la communauté où il célébrait déjà avant cette nomination. Sa femme Irène assurait la rédaction du Bulletin avec le P. Boris depuis 1972. Le Père Pierre s’occupait également de la jeune Communauté de l’Ouest qui s’était organisée au cours de son premier congrès au Mans en 1972. Tout en étant à la Crypte, le P. Pierre avait conservé son activité dans l’Ouest. Mais Irène Tchesnakoff, sa femme  tomba malade. Après sa mort, en mars 1978, le Père Pierre s’ installa définitivement en Bretagne et fut  nommé responsable pour la communauté de l’Ouest à plein temps.

 

Le Père René Dorenlot prit la succession du Père Pierre. René Dorenlot, médecin, d’origine protestante, avait d’abord servi comme hypodiacre à la cathédrale après son passage à l’orthodoxie. Il fut ordonné diacre pour la Crypte par Monseigneur Georges en mai 1973, ensuite prêtre en avril 1978, toujours pour la Crypte. Père René a continué à exercer comme médecin tout en en assumant son sacerdoce. En octobre 1994 il fut chargé de s’occuper de la paroisse de l’église St Serge de Radonège à Colombelles près de Caen, après le décès de son recteur le Père Vladimir Golounsky. Il a donc partagé son temps entre la Crypte et Colombelles où la tâche était lourde car la communauté était en pleine mutation. Après avoir mené à bien cette mission et après s’être assuré de sa succession, le Père René a récemment demandé à être demis officiellement de ses fonctions tant à la Crypte qu’à Colombelles. Il n’en reste pas moins, avec sa femme Karin, très présent à la Crypte et toujours proche et disponible pour ses enfants spirituels.

 

Le Père diacre Joseph Quemeraye. Joseph Quemeraye et sa femme Tatiana se sont trouvés parmi les premiers fidèles de la Crypte du temps du P. Pierre Struve. Très tôt ils ont fait partie de la chorale. Mais ce n’est qu’en 1979 que Joseph Quemeraye, alors père de cinq enfants, a été ordonné diacre pour la Crypte et y sert jusqu’à présent. Tatiana Quemeraye qui a été très active dans la paroisse est décédée brutalement en 1995.

 

Le Père Jean Girard qui était prêtre de la paroisse de l’église de la Dormition de la Mère de Dieu, à Ste Geneviève des Bois a été nommé à la Crypte en octobre 1997 et il y célèbre jusqu’à présent.

 

Le Père Alexis Struve est le prêtre le plus récemment nommé à la Crypte. Marié et père de 4 enfants, il a été ordonné diacre en 1997 et a partagé son ministère entre l’église de la Présentation de la Vierge au Temple, rue Olivier de Serres, et la Crypte. Puis, malgré ses nombreuses obligations, il a accepté, avec le consentement de sa femme Anne, le sacerdoce et a été ordonné pour la Crypte en 1999 par l’archevêque Serge..

 

Le fait qu’un des fils du Père Pierre Struve, qui a toujours fait partie de la paroisse, devienne à son tour prêtre à la Crypte, a été vécu par tous comme un événement très émouvant et riche de sens.

 

c) Les vocations

 

Les diverses vocations religieuses ont été assez nombreuses parmi les fidèles de la Crypte. Le cas des PP Nivière et A. Struve, des diacres Krjivoblotsky et J. Quemeraye en sont des exemples. Mais il existe d’autres cas à la faveur desquels la Crypte a pour ainsi dire « essaimé », produisant des fruits qui ont mûri ailleurs. Ainsi, entre 1976 et 1982, trois chefs de chœur de la Crypte ont été successivement ordonnés au sacerdoce et  exercent désormais leur ministère suivant les besoins de l’église et leur itinéraire personnel.

 

Le premier, Jean Gueit, qui dirigeait la chorale en alternance avec Michel Evdokimov, fut ordonné diacre en 1976 et il  partit servir à Marseille auprès du Père Cyrille Argenti. Ordonné prêtre un an plus tard, il a été nommé recteur de la paroisse St Hermogène de Marseille. A son arrivée cette paroisse, constituée de quelques russes de l’ancienne émigration, était sur le déclin. Sous son influence elle s’est transformée et elle a beaucoup évolué  Actuellement c’est une paroisse majoritairement francophone mais qui accueille de plus en plus des russes ou des gens de l’Est en général, jeunes pour la plupart et désireux de s’assimiler..

 

Ensuite c’est Michel Evdokimov, chef de chœur depuis les origines de la paroisse, qui est devenu diacre en novembre 1979. La vocation de Michel Evdokimov était essentiellement une vocation missionnaire. Cela explique qu’après son ordination à la prêtrise en novembre 1981 il fonda une paroisse à Châtenay-Malabry qui  rassembla les orthodoxes dispersés de cette région sud de Paris. Dédiée aux Apôtres Pierre et Paul, cette paroisse est logée dans une salle de l’église catholique Ste Bathilde. Plus tard le P. Michel Evdokimov devait de nouveau fonder une petite paroisse à Poitiers. En plus de son activité pastorale, le P. Michel Evdokimov s’est toujours beaucoup engagé dans le mouvement oecuménique et il est actuellement président de la Commission Inter-églises de l’Assemblée des Evêques Orthodoxes en France (AEOF).

 

Après le départ de Jean Gueit Nicolas Rehbinder  prit la succession de la direction de la chorale de la Crypte. Il  resta chef de chœur jusqu’à ce qu’il fut ordonné diacre en 1982 pour l’église de la Présentation de la Vierge au Temple, rue Olivier de Serres. Ordonné prêtre en 1983 pour cette même paroisse, le Père Nicolas Rehbinder a eu beaucoup de difficulté à maintenir des offices en français qui avaient été introduits à raison d’une fois par mois par le Père Igor (Vernik). Cela explique que, avec le groupe des fidèles partisans du français, il fut amené à fonder ailleurs une nouvelle paroisse francophone. Après quelques tribulations c’est à Issy les Moulineaux, dans une chapelle catholique réservée aux enfants qu’il a pu s’installer et fonder la paroisse St Jean en 1984. Quelques familles de la Crypte l’ont rejoint créant ainsi un certain vide surtout parmi les éléments jeunes de cette paroisse. Toutefois, cela n’a pas nui aux rapports entre les deux communautés qui restent toujours unies par des liens de filiation et d’amitié.

 

En revenant en arrière dans le temps, le 4 novembre 1973, Eugène Czapiuk, membre fidèle de la Crypte avec sa femme Irène, fut ordonné diacre par Monseigneur Georges (Tarassov). Devenu ensuite prêtre, il fait partie du clergé de la cathédrale et il est responsable de l’aumônerie des hôpitaux pour la région parisienne, ainsi que de la paroisse St Nicolas de la maison de retraite du Comité Zemgor à Cormeilles en Parisis.

 

Un autre itinéraire personnel lié à l’histoire de la Crypte est celui du Père Jean Breck. Jean Breck, américain d’origine protestante, théologien de formation a été reçu dans l’orthodoxie avec sa femme Hélène et ses deux enfants en novembre 1974.

Quelque mois plus tard il  partit en Alaska pour enseigner au séminaire orthodoxe St Germain d’Alaska à Kodiak (Bulletin n° 36). En février 1977 il fut ordonné prêtre et il  resta  basé à Kodiak. On peut suivre régulièrement dans le Bulletin de la Crypte la trace de ses visites en France jusqu’en 1979 où il  quitta l’Alaska pour revenir en France et enseigner à l’Institut St Serge. Il a notamment créé et organisé les cours de théologie par correspondance. Il  rentra ensuite aux Etats-Unis et il a enseigné à l’Institut St Vladimir. Il dirige actuellement un centre de retraite spirituelle destiné surtout aux membres du clergé américain, tout en continuant à enseigner à St Serge sur deux sessions la bioéthique et l’exégèse patristique. Comme à chacun de ses retours en France il ne manque pas d’être souvent présent à la Crypte, lieu qu’il a marqué profondément par sa personnalité et sa spiritualité.

 

La Crypte compte aussi un autre ami américain, le Père Catalina Mitescu  d’origine roumaine qui, à chacun de ses passages en France pour les besoins de ses recherches scientifiques, témoigne aux paroissiens son amitié fidèle par sa présence et son enthousiasme communicatif.

 

En ce qui concerne les vocations monastiques, les trajets de Jeanne de la Ferrière, membre de la Crypte depuis l’origine, de Marie-Joëlle Dardelin, ancienne moniale catholique, de Laurence Duclos et, plus récemment, de Delphine Weulerse et d’Irène Barbut  ont fait l’objet de toute l’attention et de la sympathie de la communauté.

 

Jeanne de la Ferrière, ancienne étudiante de l’Institut St Serge, iconographe, choriste, a été longtemps présente à la Crypte où elle a assuré pendant un certain temps la catéchèse des enfants. Dans les années 90 elle a été en Israël pour y faire des études bibliques et elle s’est fixée dans ce pays. Elle a prononcé ses vœux et reçu le petit habit monastique le 13 mars 1996 à Paris auprès de Monseigneur Serge (Konovaloff). Jeanne de la Ferrière, devenue Mère Ioanna, vit à Jérusalem  où elle dépend directement du patriarche de Jérusalem.

 

Marie Joëlle Dardelin  Après une expérience monastique dans l’église catholique, Marie-Joëlle Dardelin s’est convertie à l’orthodoxie. Revenue à l’état laïque, elle a fait partie de la paroisse de la Crypte. Puis, entre 1975 et1978, elle a enseigné en Nouvelle Calédonie et elle a pu faire des observations intéressantes sur l’adaptation ou non de la méthode pédagogique utilisée à l’éducation traditionnelle que les enfants ont reçue dans leur milieu. A son retour  en métropole elle a joué un rôle actif parmi les fidèles de la Crypte jusqu’à ce que, toujours attirée par la vie monastique, elle a rejoint une communauté sous l’autorité du Père Placide Deseille. Marie-Joëlle Dardelin devenue Mère Chrysostome vit actuellement au monastère de Solan.

 

Laurence Duclos et, ensuite, Delphine Weulerse sont entrées au monastère de la Protection de la Mère de Dieu à Bussy en Othe où elles vivent sous les noms de Mère Dosithée et Mère Anastasie

 

Irène Barbut a été reçue dans l’orthodoxie à la Crypte et après quelques années pendant lesquelles elle a été très active dans la paroisse en participant à la chorale puis en s’occupant du Bulletin, elle a choisi la même route que Laurence Duclos et Delphine Weulerse et elle est partie au monastère en septembre 2000. A Bussy, sœur Irène s’occupe entre autre de l’activité édition du monastère.

 

d) Les fidèles

 

On peut évaluer l’importance des fidèles d’après le nombre de cotisants. Toutefois cela donnerait un chiffre très réduit par rapport à l’importance de l’affluence dominicale. Beaucoup de gens en effet viennent assez régulièrement sans pour autant cotiser. Le nombre de cotisants se situe autour de la centaine. Le relevé des 10 dernières années donne les chiffres suivants :

1992

76

1993

70

1994

88

1995

84

1996

96

1997

95

1998

103

1999

86

2000

95

2001

78

 

La paroisse a changé dans sa composition au cours de son histoire ; elle s’est francisée et compte une proportion de plus en plus grande de convertis. A l’origine la présence russe était  importante et il est bon de se souvenir que sans l’action de ces personnes ouvertes et généreuses l’orthodoxie française aurait pu difficilement émerger. La Crypte toutefois a gardé son caractère pluriethnique du moins en ce qui concerne l’origine des gens qui la fréquentent, qu’elle soit libanaise, grecque, roumaine, russe évidemment, syrienne, éthiopienne, africaine, etc. Mais les Français de souche sont en majorité.

 

Il y a aussi une évolution dans la pratique du culte. On constate, comme ailleurs, une moindre fréquentation des offices de vigiles que ce soit celle du dimanche (le samedi soir) ou celle des grandes fêtes qui tombent en semaine.

 

Les fidèles ont de tout temps assumé les « services » nécessaires au fonctionnement de la paroisse. Ces services sont nombreux et variés, les uns gratifiants, d’autres plus humbles. Parmi les plus importants on peut citer la chorale, le bulletin,, la ciergerie, la catéchèse,  à l’occasion des fêtes, la décoration florale et le service du café.

 

L’organisation et la bonne marche des différents services s’obtiennent grâce à un « noyau » de fidèles particulièrement engagés. Il y a eu évidemment des périodes de crise où le « noyau » semblait se désagréger. Mais, parfois providentiellement, il s’est toujours produit un nouvel équilibre avec de nouveaux arrivants. Il est impossible de citer les noms de tous ceux et celles qui se sont dévoués pour le bien commun et pour l’église. On peut leur rendre hommage à travers la figure emblématique de l’un d’entre eux, celui qui fut pendant très longtemps « le trésorier », Alexis Witt. Dès la création de l’association cultuelle de la Sainte Trinité Alexis Witt a été élu trésorier. C’était un homme plutôt silencieux, calme et discret qui se tenait à l’entrée près de la ciergerie. Il était au courant de tout et, quand il y avait un problème quelconque, il était rare qu’il ne puisse aider à le résoudre. Avec lui jamais de dispute ou d’énervement, mais un regard bienveillant et attentif ! Il était si présent et si fidèle qu’on ne pouvait imaginer la Crypte sans lui. Et pourtant, lors d’un de ses voyages-pélérinages en Russie, qu’il faisait l’été, son vœu de mourir dans sa terre natale a été exaucé : après une courte maladie, il est mort à St Petersbourg le 30 août 2000 et il s’inscrit désormais, selon le mot d’une paroissienne, sur « nos listes d’éternité » (dyptique des défunts) (cf. Bulletin n° 286).

 

5/ Restauration de l’Exarchat

 

Le 20 juin 1999, après la liturgie présidée par Monseigneur Serge dans la cathédrale St Alexandre de la Neva, Monseigneur Méliton de Philadelphie, secrétaire général du St Synode du Patriarcat Œcuménique, a remis solennellement le Tomos, c’est à dire la charte instituant l’Archevêché en Exarchat du Patriarcat Œcuménique.

 

Ainsi par cet acte l’Archevêché qui jouissait d’une autonomie interne dans la Métropole grecque, représentante du Patriarcat Œcuménique en France, retrouvait son rang d’Exarchat qu’il avait eu en 1931. Pour comprendre cette situation il est nécessaire de faire un bref rappel historique en partant de l’origine de l’Archevêché.

 

Comme il a été dit plus haut, l’afflux des émigrés russes en France a été à l’origine de la formation de nombreuses paroisses qui se sont créées avec des moyens précaires là où la population d’émigrés était suffisamment importante. Pour organiser tout cela le Patriarche Tikhon, patriarche de Moscou, confie à Monseigneur Euloge (ancien évêque de Chelm) la direction de l’ensemble des paroisses et communautés russes en France et en Europe occidentale. Cet ensemble est constitué en Métropole et Monseigneur Euloge s’installe dans les locaux de l’église St Alexandre de la Neva qui devient cathédrale.

 

En 1931 éclate une crise grave entre la Métropole et le Patriarcat de Moscou qui se trouvait sous la dépendance du pouvoir soviétique. Monseigneur Euloge quitte alors le Patriarcat de Moscou et demande la protection du Patriarcat de Constantinople. Dans sa démarche Monseigneur Euloge est suivi par la majorité des paroisses de la Métropole. Le Patriarcat Œcuménique érige l’ensemble des ces paroisses en Exarchat temporaire du Patriarcat de Constantinople en Europe Occidentale. Cette crise n’a pas épargné la première paroisse orthodoxe francophone dont il a été question dans le 1er chapitre. Le Père Lev Gillet, recteur de cette paroisse, a suivi Monseigneur Euloge mais une partie de ses paroissiens et amis ont préféré rester fidèles à leur Église-mère, l’Église de Moscou et ce sont eux qui sont à l’origine de la création de la paroisse ND des Affligés et Ste Geneviève, située dans le Quartier latin de Paris.

 

En 1965, pour des raisons internes, le Patriarche Athénagoras supprime l’Exarchat et retire sa protection canonique. Cette situation anomale prend fin en 1971 quand Monseigneur Georges Tarassov, en charge du troupeau de l’Ancien Exarchat, obtient sa réintégration dans l’obédience du Patriarcat Œcuménique avec le statut particulier d’Archevêché à autonomie interne dépendant de la Métropole grecque. Telle était la situation jusqu’à la restauration de l’Exarchat en 1999 (cf. Bulletins N°N° 276 et 278).

 

Pour conclure, on peut dire que la situation juridictionnelle compliquée, liée en grande partie aux clivages politiques de l’époque et dont nous n’avons pas évoqué tous les aspects, ne s’est malheureusement pas simplifiée après la chute du Mur de Berlin et elle constitue une préoccupation pour de nombreux orthodoxes d’Europe occidentale. Cette préoccupation s’est exprimée très récemment lors du 11ème Congrès de la Fraternité Orthodoxe qui s’est tenu les 1,2 et 3 novembre 2002 à St Laurent sur Sèvre.

 

6/ La Crypte au début du troisième millénaire

 

La cathédrale a été classée monument historique en 1981. Cela signifie qu’aucun travail, qu’aucune restauration ne peut être effectuée sans l’accord de l’administration des « Monuments historiques » et sous son contrôle. Or la Crypte après la cathédrale, c’est à dire l’église d’en haut, avait un besoin urgent de restauration.

 

La Crypte est en forme de croix grecque. Elle comporte un pilier central massif sur lequel s’appuient des voûtes surbaissées. En 1955 lors d’une restauration générale, l’ensemble des voûtes et des murs a été recouvert de façon continue par des peintures sur fond clair réalisées par Albert Benois. Inspiré par la décoration du Palais à Facettes de Moscou, les peintures décrivent, à travers la représentation des laures et des monastères, le développement du christianisme en Russie. Dans les médaillons des voûtes sont peintes quantité d’icônes de différents saints. Mais l’humidité a peu à peu dégradé toutes ces peintures murales qui sans intervention étaient menacées de disparition.

 

Grâce à une subvention du Ministère de la Culture et à la générosité d’une paroissienne  madame Gilberte Beaux, et de sa fille Nathalie Grimal la restauration de la Crypte a pu être engagée dès la fin de l’année 1998 sous la direction de l’architecte en chef des Monuments Historiques, Monsieur Poncelet. La restauration proprement dite des peintures murales et des lambris a été précédée par une phase d’assainissement général du bâtiment qui a été réalisée selon un procédé très nouveau consistant à assécher l’ensemble des murs en créant une barrière hydrofuge assurant leur étanchéité. Cette phase a demandé plusieurs mois avant d’atteindre un degré hygrométrique convenable. A l’occasion de la restauration toute l’installation électrique, datant de 1926, a été refaite. Les lustres et appliques ont été révisés et redorés. Une paroissienne, restauratrice auprès des Musées nationaux, Nicole Sophie Delsaux, a restauré des icônes qui étaient en très mauvais état. La réception des travaux a eu lieu le 17 janvier 2000 (cf. Bulletin n° 282). C’est donc dans une Crypte embellie et plus confortable que la paroisse a entamé le troisième millénaire.

 

Actuellement la composition du clergé et des principaux responsables des services est la suivante :

 

Recteur : Protopresbytre Boris Bobrinskoy.

                Père Boris est également doyen de l’Institut St Serge.

 

Prêtres :  Père Jean Girard,

                Père Alexis Struve,

                Archiprêtre René Dorenlot (en retraite).

 

Diacres : P. Protodiacre Georges Krjivoblotsky (en congé de maladie),

                P. diacre Joseph Quemeraye

.            P. diacre Kiril Kisselev, étudiant à St-Serge et rattaché durant ses études à la Crypte

 

Chantre : Hélène Aristoff, responsable de l’ordo et du propre.

Hélène Aristoff, présente à la Crypte depuis les origines, a reçu la bénédiction  pour cette fonction.

 

Chefs de chœur : Didier Vilanova et Anne Marie Graffion.

Didier Vilanova est aussi secrétaire général de la Fraternité orthodoxe. Il a succédé au Père Alexis Struve qui s’est démis de ce poste après son ordination sacerdotale.

 

Bulletin : Directeur de publication: Père Boris,

                Responsables de la rédaction : Nils et Isabelle Kuhn de Chizelles ;

                Mise en page : Hélène Bléré.

    Administration et finance : Xénia Brulé, Anka de Morée-Crivez

 

Trésorière : Lucia Beudin. Elle a assisté Alexis Witt et lui a succédé après sa mort.

 

Marguillière : Danielle Gousseff.

 

Tel est, sèchement dépeint à travers quelques noms, le visage de la Crypte en ce début d’année 2003.

À travers un lieu, c’est l’histoire d’une communauté qui a été décrite, mais c’est aussi un aperçu sur l’enracinement de la foi orthodoxe dans un pays à dominante catholique avec une forte présence protestante. Cet enracinement s’est fait dans le respect de ces diverses confessions et parfois en lien avec elles. Pour tout cela, cette histoire de la Crypte est une petite page de l’histoire de l’Église.

 

Danielle GOUSSEFF